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dimanche 1 juillet 2012

Le nom du monde est forêt


Grâce à la quinine, nous avons vu que le Quinquina permet de lutter contre le paludisme. Mais à quoi sert la quinine au Quinquina ? Pourquoi cet arbre fabrique-t'il cette molécule complexe que nos biochimistes ont eu  tant de mal à synthétiser ? Le Quinquina craindrait-il les moustiques ? La fabrication de cette molécule parait en lien avec les conditions de vie du Quinquina. Des essais de culture en basse altitude ayant donné des arbres peu riches en quinine, il semble que la fabrication de cette molécule soit en relation avec le niveau d'exposition aux UV. La quinine sert-elle de protection ? A ce jour, il n'y a pas d'explication véritable sur le pourquoi de cette quinine du point de vue du Quinquina.

Il faut dire que le monde des plantes reste encore bien mystérieux pour les humains. Car, comment arriver à comprendre une plante sans lui plaquer des idées préconçues liées à notre expérience animale. Une plante, sauf exceptions, c'est vert, c'est immobile et c'est silencieux ! Il n'y a qu'à prendre le métro aux heures de pointe pour voir la différence avec notre vie humaine !

Pour entrer en relation avec son environnement sans se déplacer, la plante a développé une biochimie complexe et d'une extrême efficacité. Tout le monde connaît les stratagèmes des orchidées qui savent se parer de parfums envoûtants pour attirer les insectes en charge de leur pollinisation. Mais les plantes peuvent aussi se défendre contre des herbivores. Ceci a été découvert en Afrique du Sud, où les Acacias fabriquent du tanin qui les rend indigestes en cas de trop gros appétit des gazelles locales, les Koudous, obligeant ces dernières à changer de crèmerie.

C'est pourquoi les plantes suscitent dans le domaine du médicament de grands espoirs et aussi une immense voracité de la part de l'industrie pharmaceutique. On estime qu'actuellement seul 10% des composants organiques des végétaux sont connus.


L'immense biodiversité des forêts tropicales primaires (75% de la biodiversité mondiale) notamment attirent les chercheurs. C'est à partir des années 1996, que le fameux Radeau des cimes a permis de faire connaître au monde l'univers fabuleux de la Canopée.

Ce monde est fragile. Comme le raconte le botaniste Francis Hallé,  « Quand j’ai commencé mon métier de botaniste, on pensait que les forêts étaient une ressource inépuisable. Puis, petit à petit, on les a vues diminuer. ». Aussi, pour témoigner de ce monde des forêts primaires tant qu'il existe, Francis Hallé et le réalisateur Luc Jacquet s'engagent dans l'aventure d'un film. Vous pouvez en découvrir plus et soutenir cette réalisation. Pour cela, cliquez sur le lien suivant La forêt des pluies .


J'emprunte au livre de Francis Hallé "Eloge de la plante", la petite philosophie qui terminera mon article Z'Amoureux sur le Quinquina :

"Lorsque les dégradations de notre cadre de vie nous inquiètent,..., 
nous devrions nous inspirer des plantes, de leur sobriété, de leur prudence, de leur dignité."


Pour la suite de mon dictionnaire Z'amoureux des plantes, j'aimerai vous dévoiler les tours et des détours d'une plante toute proche de nous : le Romarin !

Merci de votre visite et à bientôt !


Philomènement vôtre.


mercredi 27 juin 2012

Pour se requinquer


"Allez, je vous offre un petit quelque chose pour vous requinquer ?" Qui n'a pas utilisé cette expression ? Requinquer signifiant redonner des forces, du courage, de la santé à quelqu'un. Et bien, on peut dire que le Quinquina est bien requinquant ! En dehors de son utilisation en médicament antipaludique, il a donc pu être prescrit pour toutes les formes d'asthénies (grande faiblesse générale, manque d'appétit, convalescence) ainsi que les fortes fièvres notamment en cas de grippe. Malgré son efficacité, la présence d'alcaloïdes en quantité font que son usage en tant que médicament est à contrôler.

Plus original, Jean Anthelme Brillat-Savarin, en 1825 dans son ouvrage culte "Physiologie du Goût, ou Méditations de Gastronomie Transcendante" émet l'hypothèse que le Quinquina ait des propriétés anti-obésité :  "le quinquina élevant toutes les puissances vitales, peut donner à la circulation une activité qui trouble et dissipe les gaz destinés à devenir de la graisse." Il appelle les docteurs à expérimenter sa recette à base de vin blanc dans lequel on dissout de la poudre de quinquina, à avaler à jeun un jour sur deux. Je ne sais pas s'il a eu beaucoup de médecins volontaires.

Heureusement, une autre voie s'est ouverte pour le Quinquina ! Les boissons "bitter", en particulier les apéritifs...
Dans un contexte géopolitique d'empires coloniaux, où des peuples de l'Europe s'en allèrent planter leurs guêtres loin de leurs racines, nombre souffraient ou voulaient se préserver des fameuses fièvres et autres désagréments de santé. La réputation du Quinquina n'était plus à faire. Le mode d'administration traditionnel était de le mettre dans du vin. Le vin lui-même était recommandé à l'époque par les instances qui veillait sur notre santé. Donc :
Le Quinquina est bon,
le Quinquina se prend dans du vin,
Le vin est bon,
Donc un apéritif au Quinquina est bon.

CQFD comme on dit en mathématiques = ce qu'il fallait démontrer !

Plusieurs marques d'apéritifs toniques-amers contenant du quinquina ont vu le jour au XIXe siècle. Leur point commun : une décoction de plantes et d'épices dans du mistelle (moût de raisin dont la fermentation est bloquée par l'ajout d'alcool). La plupart vante les vertus "toniques" du Quinquina dans leurs publicités. La limite entre le vin médicamenteux et l'apéritif plaisir y est souvent ambiguë.

Il faut dire que certains de ces vins au Quinquina ont pour origine des mélanges de plantes en macération dans de l'alcool,  utilisés en médicament avant d'être améliorés et proposés en apéritif "bitter". C'est le cas, par exemple, du "Dubonnet", créé en 1846 à Paris par Joseph Dubonnet, chimiste de son état. Ainsi que de "l'Amer africain" créé en 1832 par Gaétan Picon à Alger, qui donnera ensuite "l'Amer Picon", bien connu chez les Ch'tis pour aromatiser la bière.

La marque Byrrh, créée en 1866 par les frères Violet dans le Roussillon, n'hésite pas à accoler le terme "hygiénique" à "tonique" dans ses publicités : "Il est, en même temps que le meilleur stimulant, un reconstituant de premier ordre, au goût savoureux, éminemment tonique et hygiénique. Il doit aux vins naturels, qui, seuls, servent à sa préparation, sa haute supériorité ; il emprunte aux substances amères avec lesquelles il est mis en contact un arôme agréable et de saines propriétés cordiales." 

L'histoire de l'invention du St Raphaël est la plus originale. Elle remonte à 1830. On raconte que son inventeur, le docteur Juppet se mit à perdre la vue alors qu'il travaillait à la mise au point d'un apéritif à base de quinquina. Désirant retrouver la vue pour pouvoir terminer ses recherches, il plaça son nouvel élixir sous l'invocation de l'Archange Raphaël qui guérit Tobias de sa cécité. 
Il élabora la recette de St Raphaël et ... recouvrit la vue !



Bon, vous n'êtes pas obligés de croire tout ce que les publicistes vous racontent.

Si la curiosité vous pousse à avoir envie de fabriquer votre apéritif maison au Quinquina, voici une recette simple de Ratafia :
Ingrédients pour 1 litre : 5 g d'écorce de Quinquina rouge, 1 litre de vin rouge, 1 g de grains de cardamone, 5 g de racine d'Angélique, 1 gousse de vanille, 10 g d'écorce d'Orange amère, 1 pincée de Cannelle.
Préparation : Dans un grand bocal hermétique, mettez le vin rouge, ajoutez l'écorce de Quinquina, la gousse de vanille coupée en morceaux, et toutes les autres plantes et épices. Laissez macérer le tout pendant 2 semaine au minimum en agitant chaque jour le bocal. Ensuite passez la macération dans un filtre de papier et mettez en bouteilles bouchées hermétiquement.

Mais je ne veux pas vous pousser à la consommation ! 


Si vous préférez, vous pouvez vous satisfaire d'une visite virtuelle. En cliquant sur le lien qui suit Le bistrot des vieux alcools, vous découvrirez une étonnante collection.

Comme le souligne ce collectionneur passionné :

"Le bistrot ne reste-t-il pas encore le seul endroit où l'on puisse aimer tout le monde ?"

Je vous laisse méditer sur cet aphorisme et vous donne rendez-vous pour la fin de mon article Z'amoureux sur le Quinquina, où nous allons prendre de la hauteur....


Merci de votre visite et à bientôt !

Philomènement vôtre.








dimanche 24 juin 2012

Le Quinquina en couleur


En 1735, Charles Marie de la Condamine est à la tête d'une expédition scientifique au Pérou pour mesurer un arc de méridien d'un degré à proximité de l'Équateur. Il est accompagné du botaniste Joseph de Jussieu qui étudie dans la province de Loja des quinquinas et en fait une description précise. L'Académie des Sciences de Paris publie la communication en 1738. Ce fut la première description de l'arbre à parvenir en Europe. C'est sur la base de cette description, que Carl von Linné créa en 1742 le genre nouveau Cinchona, dans le Genera Plantarum, en donnant foi à l'histoire romantique de la comtesse de Chinchon, comme nous l'avons vu dans le début de l'article sur le Quinquina.

Jussieu précise : "On distingue communément trois espèces de quinquina quoique quelques-uns en comptent jusqu'à quatre; le blanc, le jaune et le rouge : on m'avait dit à Loxa que ces trois espèces n'étoient différentes que par leur vertu, le blanc n'en ayant presque aucune, et le rouge l'emportant sur le jaune." Les études botaniques suivantes en relevèrent beaucoup plus, une vingtaine d'espèces connues à ce jour.

La fresque des Lyonnais, au 49 quai St Vincent
 avec Antoine de Jussieu, frère de Joseph, à gauche
Joseph de Jussieu n'allait rentrer en France qu’en 1771 après avoir passé 36 ans dans les Andes et en Amazonie, d’où il expédie de nombreux documents, mais aussi des graines et des plantes, dont la coca et le quinquina. Il faut dire que Joseph appartient à une étonnante dynastie de botanistes. Car dans cette famille lyonnaise, il y a trois frères : Antoine, Bernard et Joseph, et puis encore un neveu Antoine-Laurent et son fils Adrien qui tous se côtoient ou se succèdent au Jardin du roi et à l’Académie des sciences. Grâce à eux, Paris peut à l'époque, s’enorgueillir de posséder un des plus riches jardins du monde grâce à l’introduction et à l’acclimatation de plantes du monde entier. Si vous passez par la capitale, n'hésitez pas à vous faire plaisir en visitant leur digne héritier : le Jardin des plantes, ses serres et ses parterres.

La vie d'un autre personnage va se trouver bousculée par ce fameux arbre aux fièvres. Il s'agit de Samuel Hahneman qui, en 1790, décide de tester sur lui-même les effets de cette plante fébrifuge alors qu'il est en train de procéder à la traduction d'un livre sur le Quinquina du Pérou. L'effet est surprenant : il se met à grelotter de froid. C'est ainsi qu'il va poser la base de toutes ses recherches, le principe de similitude : "Pour guérir une maladie, il faut administrer un remède qui donnerait au malade, s'il était bien portant, la maladie dont il souffre." Pour satisfaire votre curiosité, en homéopathie, le médicament préparé avec du Quinquina rouge s'appelle China rubra.

Mais l'aventure du Quinquina n'allait pas s'arrêter là. Au XIXe siècle, la chimie prend son essor. Deux pharmaciens parisiens, arrivent en 1820 à isoler le principe actif principal de l'écorce de Quinquina, un alcaloïde auquel ils donnent le nom de ....quinine. Voici la description que Joseph Pelletier et Joseph Caventou (oui, que de "Joseph" autour du Quinquina !) font de cette matière dans le « Journal de pharmacie et sciences accessoires » :

 « La quinine ne cristallise jamais. Desséchée et entièrement privée d'humidité elle se présente sous forme de masse poreuse d'un blanc sale, elle est très peu soluble dans l'eau ;.... Malgré son peu de solubilité cette matière est très amère, on ne peut non plus lui refuser une certaine affinité pour l'eau, car lorsqu'on évapore une solution de quinine dans de l'alcohol non absolu, elle retient de l'eau avec force, d'où il résulte une sorte d'hydrate transparent fusible à 90 degrés tandis que dépouillée d'eau par une chaleur longtemps continuée la cinchonine perd de sa fusibilité et se présente sous forme d'une masse poreuse au lieu de s'offrir avec l'apparence de la cire fondue ou d'un vernis desséché ».

Cette quinine va être à la base de la nouvelle thérapeutique contre le paludisme. Cette molécule a, en effet, la propriété de bloquer le cycle de reproduction du parasite responsable de cette maladie. Cette forme isolée du principe actif va permettre la mise-au-point du premier médicament chimique contre le paludisme. Ce qui ne se fait pas sans quelques contestations, certains demandant "le bannissement des sciences chimiques du sanctuaire de la médecine".

A Paris, à l'angle du boulevard St Michel et de la rue de l'Abbé-de-l'Epée, vous pourrez trouver une représentation de la guérison du paludisme à l'aide de la quinine. C'est très allégorique !


Plus tard, le Quinquina va être mêlé aux grands mouvements de l'histoire du XIXe siècle et du début du XXe siècle, notamment la concurrence entre les nations européennes  pour son exploitation, les colonisations, les guerres mondiales...

Puis, nouvelle bascule de l'histoire, c'est en 1944, qu'une première synthèse d'une molécule proche de la quinine est réalisée par Robert B. Woodward et William von Eggers Doering. Des antipaludéens de synthèse (APS) tendent ensuite à remplacer la quinine d'extraction, plus chère. Les Quinquinas peuvent alors dormir sur leurs deux oreilles....Pas vraiment, car dans ce début du XXIe siècle, la médecine fait de nouveau appel à leur service en raison des effets d'accumulation tissulaire des molécules de synthèse et à cause des phénomènes de résistance développés par le parasite responsable du paludisme.

Bien sûr, l'utilisation du Quinquina surtout en cas de maladie comme le paludisme ne fait pas partie de la "pharmacie familiale" mais, pour le "pecus vulgaris" que nous sommes, tout n'est pas perdu ! Le Quinquina peut nous offrir d'autres visages bien sympathiques que j'aimerai vous faire découvrir dans la suite de mon article.

Merci de votre visite et à bientôt !

Philomènement vôtre.


mercredi 20 juin 2012

A la découverte du Quinquina


Alors, matelot, paré pour l'aventure ? Pour découvrir le Quinquina il va nous falloir affronter les mers déchaînées, les fleuves insalubres, les montagnes torrides mais surtout le fleuron des grandes épopées de l'aventure humaine.
Au début, il y a le fameux Christophe Colomb, qui, s'il n'avait pas eu autant la bougeotte, aurait permis à des peuples qui ne demandaient rien à personne de continuer à vaquer à leurs occupations en toute tranquillité. Ensuite, il y a les conquistadores et là, c'est pas toujours joli, joli. Bon, on y est, l'Espagne étend ses prérogatives sur une bonne partie de l'Amérique du Sud. Pour les colons, c'est vraiment le Pérou. La compagnie de Jésus s'installe dans leur sillage et y fondent des "missions" dès le milieu du XVIe siècle. 

C'est dans ce contexte, qu'apparaît pour la première fois au début du XVIIe siècle, une référence à une écorce fébrifuge "corteza de las calenturas",  provenant "d'une certaine espèce de grands arbres qui ont une écorce semblable à la cannelle, un peu rugueuse et très amère ; laquelle réduite en poudre, est administrée à ceux qui ont la fièvre, et avec ce remède seul le mal disparaît ".
La renommée de cette poudre va se faire dans les missions et les Jésuites vont la faire voyager dans leurs bagages jusqu'à Rome dès les années 1630.

Cela tombait bien. En effet, Rome était à cette époque la ville la plus impaludée du monde. Plusieurs papes moururent de mal'aria, "le mauvais air". Tous les étés, les fièvres intermittentes frappaient les populations du bassin méditerranéen. Peu à peu, la maladie s'était étendue vers le nord, elle atteignait les côtes méridionales de l'Angleterre.  La médecine européenne était impuissante pour soigner ces fièvres palustres. Pourtant, les mérites de l'écorce du Pérou ne s'imposèrent pas immédiatement en Europe, encore fallait-il trouver le bon emploi. Et alors rentrent en scène de nombreux personnages dont voici quelques-uns. 

Voici tout d'abord, Sebastiano Bado, médecin génois, n'ayant jamais mis les pieds au Pérou, qui, en 1639, relata la guérison - qui s'est avérée légendaire - de la comtesse de Chinchon, épouse du vice-roi du Pérou, guérie d'une fièvre tierce grâce à une potion tirée de l'écorce d'un arbre local. Bado fut aussi le premier à employer pour cet arbre le terme de "quinquina" et à expliquer qu'il venait du nom donné à cet arbre en quechua "kinakina" - ce qui est une erreur semble-t'il.

C'est pourtant sur la base de cette histoire que, un siècle plus tard, Linné attribua le nom de genre "Conchina" , du nom de la comtesse, au désormais fameux Quinquina !

Ensuite, voici Robert Talbor, apothicaire anglais, présenté soit comme un pionnier, soit comme un manipulateur. Nous retrouvons celui-ci en 1679 à Versailles où ni la famille royale ni les aristocrates ne sont épargnés par des fièvres intermittentes, dues à la présence des eaux stagnantes des marais. Il leur propose son "médicament secret".

Dans une lettre du 8 novembre 1680 à sa fille, la marquise de Sévigné   fait mention de lui : "L’Anglois a promis au Roi sur sa tête, et si positivement, de guérir Monseigneur dans quatre jours, et de la fièvre, et du dévoiement, que s’il n’y réussit, je crois qu'on le jettera par les fenêtres...". Le succès fut au rendez-vous puisque non seulement , Talbor ne fut pas passé par les fenêtres, mais au contraire reçu une rente d'un  fort beau gabarit. 

Il semble que cela mit de fort mauvaise humeur le médecin officiel du roi , Antoine Daquin. La même marquise de Sévigné raconte la scène dans son style enlevé : "C'est dommage que Molière soit mort ; il ferait une scène merveilleuse de Daquin, qui est enragé de n'avoir pas le bon remède, et de tous les autres médecins, qui sont accablés par les expériences, par les succès, et par les prophéties comme divines de ce petit homme...".

Mais en quoi consistait la fameuse innovation de Robert Talbor : le "médicament secret du médecin anglais" ? En une préparation assez rudimentaire précisant la quantité de quinquina par pinte de vin et le rythme des prises. Cette supercherie permit à ses détracteurs d'alimenter leurs attaques contre lui et un article dans le "Journal Des Sçavans" le traite pratiquement de charlatan. C'est la fameuse "querelle du quinquina". Il faut dire qu'à l'époque (mais est-ce que cela a tellement changé ?) chaque innovation est l'occasion de débats voire de polémiques virulentes au sein de la profession médicale.

De son côté, La Fontaine donne son soutien à ce nouveau médicament en 1682 avec "le Poème du quinquina" où il fustige les dogmes de la médecine officielle de l'époque, en voici un extrait :
"...J’ai fait voir ce que croit l’Ecole et ses suppôts. 
On a laissé longtemps leur erreur en repos ; 
La quina l’a détruite, on suit des lois nouvelles...
La base du remède étant ce divin bois, 
Outre la centaurée on y joint le genièvre ; 
Faible secours, et secours toutefois. 
De prescrire à chacun le mélange et le poids,...
Mais comme il faut au quina quelque choix, 
Le vin en vaut aussi bien que ce bois : 
Le plus léger convient mieux au remède ; 
Il porte au sang un baume précieux ; ...
Le quina s’offre à vous, usez de ses trésors. "

Dès lors que Louis XIV utilise le quinquina, par mimétisme les aristocrates vont s'en emparer. Les publications se multiplient. Le remède se banalise et entre alors définitivement dans les pharmacopées, du moins celles des gens aisés.

Mais si on reconnaît les vertus du quinquina, on ne connait toujours pas en Europe précisément la botanique de l'arbre qui donne ainsi son écorce.

Nous allons passer au siècle suivant pour suivre la trace d'une grande expédition, celle de Charles Marie de La Condamine qui permit à Joseph de Jussieu d'étudier le Quinquina et d'en préciser la botanique.

Alors, plus à l'ouest, toujours plus à l'ouest ! 


Merci de votre visite et à bientôt !

Philomènement vôtre.

PS : et merci à Hergé pour les illustrations un peu iconoclastes (comme dirait le capitaine Haddock) !