mercredi 13 juin 2012

Badasson et Salagon


Avec le "Badasson" (nom provençal), nous entrons de plain pied dans les mystères de la relation entre l'homme et la plante.

Le Plantain “Badasson” est très différent des autres Plantains de nos régions car il forme un petit buisson vivace, ligneux à la base, ramifié, et qui peut atteindre 60 cm de haut. Son nom commun est le Plantain toujours vert (Plantago sempervirens) même s'il prend une allure desséchée pendant la rude saison. Ce Plantain existe à l’état sauvage du sud de l’Italie au sud de l’Espagne. 

En France, ce "Badasson" a des emplois médicinaux uniquement en Haute-Provence occidentale, où il reste connu de beaucoup. Il y est considéré comme une plante médicinale "bonne à tout". Dans cette zone géographique, le Badasson est utilisé comme un remède très polyvalent des affections externes diverses : plaies, ulcères, brûlures, contusions, inflammations, furoncles, panaris, dermatoses, etc.. Il est moins souvent employé à l’intérieur : gastrites, champ “dépuratif”, etc. Cette plante est aussi utilisée en médecine vétérinaire. Bref, comme dirait un habitant de Mane : "C'est une plante qui vaut de l'or".

Or ce même Plantain toujours vert est négligé sur la rive gauche de la Durance, à quelques kilomètres de là. En paraphrasant Blaise Pascal, nous pouvons donc dire : 
"Badasson = plante panacée en-deçà de la Durance, plante ignorée au-delà " ! 

Cela intrigue : "Il semble n’avoir des usages analogues que dans une région étroite du sud de l’Espagne. Ignoré de toutes les sources écrites, anciennes et modernes, le “Badasson” pose bien des questions : comment expliquer la localisation étroite de ses emplois, son extrême popularité ? les connaissances locales à son sujet sont-elles récentes ? comment se sont-elles constituées ? sont-elles d’origine espagnole ou faut-il supposer l’inverse ? ". A ce jour, le mystère reste entier malgré les enquêtes des ethnobotanistes.

L'objet de l'ethnobotanique est "l'attention à tous les aspects des rapports anciens et actuels des sociétés avec la plante comme élément du territoire, comme nom, comme aliment, remède, matériau des techniques, signe, symbole, vecteur de pouvoirs, support de croyance, etc."


Un "grand monsieur" est à l'origine du développement de l'ethnobotanique en France, Pierre Lieutaghi. Il revendique d'appartenir à un courant naturaliste où la plante n'est jamais oubliée en tant qu'être vivant digne d'attention pour lui-même.

Auteur de nombreux ouvrages, chercheur foisonnant, alliant démarche scientifique et verbe poétique, passionné et passionnant, il sait partager ses connaissances avec beaucoup de générosité. Je lui adresse un grand coup de chapeau. 



Si la petite histoire du Badasson vous intrigue, si vous avez envie de renouer avec des savoirs anciens, actuels voire futurs, je vous invite à aller visiter Salagon. Cet ancien prieuré situé près de Mane dans les Alpes de Haute-Provence, abrite un musée et des jardins créés par Pierre Lieutaghi. Ces jardins aux thèmes variés (le jardin des simples, le jardin médiéval, le jardin des temps modernes, le jardin des senteurs, etc.) vous permettront de rencontrer sur pied et en tête-à-tête, de nombreuses plantes avec lesquelles les hommes ont été ou sont encore en relation. Pour en savoir plus et préparer votre visite, cliquez sur le lien suivant : Site du musée de Salagon



Pour conclure mon article Z'amoureux sur le Plantain, je vous propose de lui associer cette sagesse :

"Individu ou société, on a la plante (médicinale) qu'on mérite
La plante est immuable, absolue.
C'est le contact d'homme à plante qui est variable, relatif,
...fort ou faible,...fécond ou stérile,...spirituel ou matériel."


Dans la suite de mon dictionnaire Z'Amoureux des plantes, j'aimerai vous embarquer dans une nouvelle aventure avec "Q" comme "Quinquina".


Merci de votre visite et à bientôt !

Philomènement vôtre.





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